Vingt-cinq ans après la création de son agence, Pierre Yovanovitch continue de déplacer les frontières de l’architecture intérieure. Architecte d’intérieur, designer, ensemblier, scénographe et désormais éditeur, il multiplie les formats et les échelles plutôt que de reproduire une signature immédiatement reconnaissable. Sa nouvelle monographie, Dix-huit lieux, publiée chez Rizzoli, rassemble cette diversité à travers des projets réalisés dans plusieurs pays.
Un livre qui dépasse le simple répertoire d’intérieurs
Sept ans après un premier ouvrage consacré à une sélection de ses réalisations internationales, cette publication met en regard des univers très différents. Les résidences privées y côtoient un restaurant étoilé d’Hélène Darroze à Londres, le musée Rath de Genève ou encore une scénographie immersive conçue à l’occasion du centenaire de la Villa Noailles de Hyères, en 2023. Paris, New York, Saint-Moritz et les rives du Bosphore figurent également parmi les territoires explorés.
| Projet ou domaine | Lieu cité |
|---|---|
| Restaurant d’Hélène Darroze | Londres |
| Musée Rath | Genève |
| Scénographie du centenaire de la Villa Noailles | Hyères, 2023 |
| Résidences et projets internationaux | Paris, New York, Saint-Moritz, Bosphore |
La préface est signée par le réalisateur Luca Guadagnino. Le livre comprend également des entretiens avec le conservateur Jared Goss et le chef d’orchestre Daniel Harding. Cette construction éditoriale donne à l’ensemble une portée plus large qu’un catalogue d’images : il s’agit de suivre l’évolution d’un regard, la variété d’un vocabulaire et une certaine façon de penser l’usage des lieux.
« Il faut avoir le courage d’ouvrir des portes, même celles qui inquiètent. »
Cette phrase, placée dans la préface de la monographie, résume une démarche fondée sur le mouvement. Pierre Yovanovitch revendique le besoin de changer d’échelle et de prendre des risques pour continuer à créer. Il explique également vouloir éviter de devenir un suiveur, même lorsque son langage visuel est désormais identifiable. Dans cette pratique, la continuité ne passe donc pas par la répétition d’un style, mais par une exigence maintenue d’un projet à l’autre.
Entre rigueur, confort et mémoire
L’élégance défendue par le créateur repose, selon Les Echos Série Limitée, sur la justesse plutôt que sur l’accumulation. Les tensions entre géométrie et sensualité, héritage et audace contemporaine, structurent cette vision des intérieurs. Le confort n’y apparaît pas comme un ajout décoratif : il participe à l’équilibre général du lieu, au même titre que les proportions, les matières ou la mémoire du bâtiment.
Cette attention à l’histoire trouve une figure tutélaire en Jean-Michel Frank. Pierre Yovanovitch a refait l’ancien appartement du décorateur en 2020, un projet présenté dans le nouvel ouvrage. Il admire chez Frank une épure radicale et une vision avant-gardiste, deux qualités qui éclairent aussi son propre rapport au patrimoine : faire revivre sans reconstituer, inscrire le contemporain sans effacer les traces du passé.
Du mobilier à la scénographie
Le parcours présenté ne s’arrête pas aux espaces domestiques. La scénographie, les institutions culturelles, la restauration et le design mobilier prolongent une même réflexion sur la manière dont un lieu est perçu et vécu. À la galerie Ecart, reprise en 2024 par le groupe PY de l’architecte, cette recherche trouve également un prolongement avec une rétrospective réunissant une trentaine de pièces. L’ensemble dessine le portrait d’un créateur qui ne sépare pas strictement décoration, architecture et objets, mais les envisage comme les composantes d’une expérience spatiale.