Chez le chien, les changements liés à l’âge ne se résument pas à un ralentissement physique. La mémoire, la capacité à résoudre une difficulté ou encore la faculté à modifier un comportement peuvent également évoluer. Une équipe de l’Université d’Arizona s’intéresse à ces transformations à l’aide d’un protocole présenté comme plus précoce que les outils habituellement utilisés : le CANID, pour Cognitive Assessment for Neuropsychological Impairments in Dogs.
Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Animal Cognition. Le travail a été dirigé par Stephanie Hargrave, doctorante en psychologie, avec Evan MacLean, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université d’Arizona, comme auteur senior. Leur approche repose sur trois tâches destinées à observer la mémoire et la souplesse comportementale du chien, plutôt que sur un questionnaire rempli par son propriétaire.
« Malheureusement, quand ces outils identifient un syndrome de dysfonctionnement cognitif canin, l'altération cognitive est souvent déjà assez sévère », constate Stephanie Hargrave.
Des jeux plutôt qu’un questionnaire
Le dispositif dure environ 40 minutes et s’appuie sur des exercices présentés comme des jeux, avec des friandises pour motiver l’animal. Cette mise en situation permet aux chercheurs d’observer directement ses réactions : le chien ne peut pas être interrogé sur ce qu’il se rappelle ni informé de la nature exacte de l’évaluation. Ce sont donc ses choix et la manière dont il s’adapte à une consigne qui fournissent les indications recherchées.
Dans l’une des épreuves, une récompense est placée dans un cylindre transparent ouvert à ses deux extrémités. Le chien voit la manipulation, puis doit renoncer à pousser directement le museau contre la paroi pour contourner l’objet et atteindre l’ouverture. Selon les chercheurs, cette capacité à changer de stratégie peut s’émousser avec les années. Les deux autres tâches complètent cette observation de la mémoire et du contrôle des impulsions.
| Élément du protocole | Donnée rapportée |
|---|---|
| Nom | CANID |
| Durée | Environ 40 minutes |
| Épreuves | 3 tâches |
| Âge ciblé | Dès 7 ou 8 ans |
Observer avant les signes manifestes
Les manifestations évidentes de démence canine apparaissent généralement vers 12 à 14 ans, indique l’article consacré à l’étude. L’intérêt du CANID serait donc d’examiner une période plus précoce du vieillissement, lorsque les modifications cognitives restent difficiles à repérer dans la vie quotidienne. Il ne s’agit toutefois pas d’un test à réaliser chez soi : le protocole nécessite du personnel formé ainsi qu’un matériel spécifique.
Pour l’équipe américaine, l’objectif immédiat est surtout scientifique. En évaluant un grand nombre de chiens de manière standardisée, les chercheurs espèrent mieux comprendre les facteurs associés au vieillissement cérébral. Ces observations pourraient ensuite alimenter de futures recherches sur la prévention et la prise en charge du déclin cognitif canin, sans constituer à ce stade une méthode de traitement ou une conclusion individuelle pour chaque animal.
- Le CANID s’appuie sur des comportements observés directement, et non uniquement sur les réponses des propriétaires.
- Les exercices mobilisent la mémoire, l’adaptation à une difficulté et la maîtrise d’une impulsion.
- Le protocole est réservé à un cadre de recherche avec du personnel formé et du matériel adapté.
Cette recherche rappelle enfin que le vieillissement du chien ne se lit pas seulement dans son allure ou son endurance. Pour les scientifiques, les jeux structurés peuvent devenir un moyen d’étudier plus finement ce qui change dans un cerveau vieillissant, avant que les signes les plus nets ne s’installent.