Le suspense a pris fin ce mardi 3 novembre 2026 au restaurant Drouant, à Paris. Réuni pour son traditionnel délibéré, le jury du prix Goncourt a choisi de distinguer Philippe Jaenada pour L’Inconnue du quai de Javel, publié chez Flammarion. L’écrivain devient ainsi le lauréat du 124e prix Goncourt, après Laurent Mauvignier, récompensé en 2025 pour La Maison vide.
Cette distinction consacre un parcours littéraire singulier. Après une première période marquée par une autofiction volontiers loufoque, Philippe Jaenada s’est tourné, depuis une quinzaine d’années, vers des récits plus amples nourris par les archives et les affaires anciennes. Dans ces livres, il se met en scène en enquêteur, suivant les traces de destins individuels restés dans l’ombre et interrogeant les récits établis.
Une œuvre construite dans les archives
Avant son nouveau roman, l’auteur avait déjà consacré plusieurs livres à des figures ou à des événements liés à l’histoire criminelle et sociale du XXe siècle. Il s’était notamment intéressé à Pauline Dubuisson dans La Petite Femelle, à Henri Girard dans La Serpe, ainsi qu’au meurtre du petit Luc Taron dans Au printemps des monstres. Son précédent travail, La désinvolture est une bien belle chose, abordait quant à lui l’existence de certains enfants de la guerre.
Avec L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada revient sur l’histoire de Louise Cansot, une jeune femme d’origine bretonne installée à Paris avant la Seconde Guerre mondiale. Le livre reconstitue le parcours de celle qui fut présentée comme le plus beau modèle de Montparnasse, avant de connaître une fin tragique dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949.
« le plus beau modèle de Montparnasse »
Louise Cansot avait 29 ans lorsqu’elle a été assassinée. Son corps fut retrouvé quai de Javel. Après quatre mois d’investigations, la police referma le dossier sans parvenir à identifier le responsable du crime. Le roman s’inscrit dans cet espace laissé vacant par l’enquête officielle, près de huit décennies après les faits.
Une enquête relancée par la littérature
Le livre ne se limite pas à reprendre les éléments connus de l’affaire. À partir de son immersion dans les archives, l’écrivain avance une hypothèse sur l’identité du coupable. Cette démarche prolonge la méthode qui caractérise ses ouvrages récents : partir d’un dossier ancien, en examiner les zones d’ombre et restituer, derrière les faits, la trajectoire d’une personne longtemps réduite à son statut de victime ou de personnage secondaire.
- Lauréat : Philippe Jaenada
- Roman primé : L’Inconnue du quai de Javel
- Éditeur : Flammarion
- Successeur : Laurent Mauvignier, récompensé en 2025
Le choix du jury donne donc une visibilité nouvelle à l’histoire de Louise Cansot, tout en reconnaissant une forme romanesque fondée sur la recherche documentaire, la reconstitution et la présence assumée de l’auteur dans son propre récit. Pour Philippe Jaenada, ce prix Goncourt 2026 marque l’aboutissement d’une évolution commencée avec ses premiers romans et confirmée par plusieurs livres consacrés aux vies oubliées et aux affaires non résolues.