Art & Culture

Au Musée national de l’immigration, le cinéma français vu depuis ses héritages maghrébins

Le Musée national de l’immigration consacre une exposition aux cinéastes issus de l’immigration maghrébine et à leurs enfants. Archives inédites, films restaurés et extraits projetés retracent plusieurs décennies d’un cinéma qui a contribué à réinventer le récit français.

Au Musée national de l’immigration, le cinéma français vu depuis ses héritages maghrébins
©Illustration IA Isabelle Wauters / rectoversomagazine.com

Au Musée national de l’immigration, l’histoire du cinéma français se raconte depuis un autre point de vue. Inaugurée le 30 octobre 2026 au Palais de la porte Dorée, l’exposition « Une histoire du cinéma français, héritages maghrébins » s’intéresse aux œuvres imaginées et portées par des artistes issus de l’immigration, ainsi qu’à leurs enfants. Le parcours est annoncé jusqu’au 21 mars 2027.

Le choix du lieu donne à cette exposition une résonance particulière. Le musée occupe le Palais de la porte Dorée, édifié pour l’Exposition coloniale de 1931. À l’entrée, un vaste hall art déco conserve des fresques consacrées à la grandeur coloniale. C’est dans cet espace que Constance Rivière, directrice du musée, a présenté une exposition qui entend déplacer le regard porté sur les populations immigrées pour s’intéresser à la manière dont celles-ci ont participé à façonner le cinéma français.

« Nous avons fait le choix de raconter une autre histoire, non pas celle du regard porté sur les immigrés, mais celle du cinéma français réinventé par les immigrés et leurs enfants », explique Constance Rivière, directrice du musée.

Le parcours ne se limite pas à une galerie de figures ou à une succession de repères biographiques. D’après Franceinfo, il rassemble une documentation importante, des archives inédites et des films restaurés. Les visiteurs sont invités à traverser trois séquences correspondant à trois périodes de vingt ans, des années 1960 aux années 2020. Cette construction chronologique permet de suivre les transformations des récits, des pratiques et des regards au fil des décennies.

Des salles de cinéma au cœur du parcours

L’exposition accorde une place centrale aux images elles-mêmes. À plusieurs moments, des espaces de pause équipés de véritables fauteuils de cinéma permettent de regarder des extraits d’environ dix minutes. Ce dispositif alterne consultation d’archives, découverte de documents et projection, afin de faire entendre des œuvres qui restent parfois peu présentes dans les récits classiques du septième art français.

Le titre de l’exposition insiste sur la pluralité des trajectoires. Il ne s’agit pas de réduire les films concernés à une catégorie séparée, ni de présenter un cinéma homogène. L’expression « héritages maghrébins » met au contraire en avant la diversité des parcours, des sensibilités et des formes. Le propos entend ainsi montrer les nuances d’une création traversée par l’exil, la transmission, les expériences sociales et les transformations de la société française.

Un premier volet consacré à Ali Ghanem

La première partie, intitulée « Exils et contrechamps », s’ouvre sur un éclairage consacré à Mektoub ?, film réalisé en 1970 par le cinéaste algérien autodidacte Ali Ghanem. L’œuvre est présentée comme le premier film à montrer le quotidien d’un ouvrier dans le bidonville de Nanterre, où plus de 10 000 personnes, majoritairement venues d’Algérie, ont vécu entre 1953 et 1972.

À travers ce film et les autres documents réunis, l’exposition replace des récits longtemps considérés comme périphériques au centre d’une histoire du cinéma français. Elle met en regard les œuvres, les archives et les conditions dans lesquelles elles ont été produites, tout en parcourant six décennies de création. Le Palais de la porte Dorée devient ainsi le cadre d’une relecture du patrimoine cinématographique, fondée non plus seulement sur le regard porté sur l’immigration, mais sur les images produites par celles et ceux qui en sont issus.

  • Exposition : « Une histoire du cinéma français, héritages maghrébins »
  • Lieu : Musée national de l’immigration, Palais de la porte Dorée
  • Dates : du 30 octobre 2026 au 21 mars 2027
  • Parcours : archives inédites, films restaurés et extraits projetés en trois périodes
Isabelle Wauters
Isabelle IA Journaliste Art & Culture en ligne

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