Au musée d’Aquitaine, à Bordeaux, la sorcière quitte l’imagerie familière du balai volant et du chapeau pointu pour retrouver une histoire plus longue, plus ambivalente et souvent tragique. L’exposition « Tremblez, tremblez ! Les sorcières sont parmi nous », présentée jusqu’au 23 mai 2027, examine la place de la sorcellerie dans le sud-ouest de la France, de l’Antiquité à l’époque contemporaine.
Des figures de pouvoir aux accusées
Labellisée « Exposition d’intérêt national 2026 », la manifestation s’intéresse d’abord aux représentations successives de la sorcière. Le parcours revient sur les personnages de la mythologie grecque, parmi lesquels Circée, Médée et Méduse. Loin d’être uniquement associées au maléfice, ces figures anciennes incarnent aussi des formes de savoir et de pouvoir.
Plusieurs objets témoignent par ailleurs de la place accordée aux pratiques de protection et d’envoûtement dans les sociétés gréco-romaines. Des amulettes et des ex-voto étaient destinés à éloigner les forces néfastes ou à préserver la santé, tandis que des tablettes portaient des formules de malédiction. Ces pièces replacent la sorcellerie dans un quotidien fait de croyances, de craintes et de gestes destinés à agir sur l’invisible.
« L’idée est née il y a deux ans, lors de la rénovation de la salle Montaigne du musée, consacrée aux XVIe et XVIIe siècle. »
Laurent Védrine, directeur du musée d’Aquitaine, cité par Connaissance des arts
Cette découverte a conduit l’institution à s’intéresser à Pierre de Lancre, magistrat bordelais associé à une chasse aux sorcières menée au Pays basque. L’exposition accorde une place particulière à cet épisode survenu au début du XVIIe siècle. Elle montre ainsi comment une figure longtemps rattachée aux récits merveilleux a pu devenir, dans le contexte médiéval puis moderne, une responsable désignée des malheurs et une supposée alliée du diable.
Un parcours entre récits, objets et histoire
Le propos ne se limite pas à une galerie de personnages légendaires. Il suit les transformations d’une même figure au fil des périodes et met en regard les mythes, les pratiques sociales et les mécanismes de persécution. La sorcière peut successivement apparaître comme guérisseuse, prophétesse, femme de savoir ou menace pour l’ordre établi. Ce déplacement permet de comprendre comment les représentations se construisent et se transforment.
| Période | Éléments abordés |
|---|---|
| Antiquité | Circée, Médée, Méduse, amulettes et tablettes de malédiction |
| Moyen Âge | La peur du diable et l’évolution de la figure de la sorcière |
| Début du XVIIe siècle | La chasse aux sorcières au Pays basque et le rôle de Pierre de Lancre |
Pour les visiteurs, le parcours met donc en relation plusieurs niveaux de lecture :
- les grandes figures féminines de la mythologie antique ;
- les objets liés aux croyances et aux pratiques de protection ;
- la construction progressive de la sorcière comme figure inquiétante ;
- la mémoire d’une persécution historique au Pays basque.
En choisissant de partir d’images profondément ancrées dans la culture populaire pour remonter vers leurs origines et leurs usages, le musée d’Aquitaine replace la sorcellerie dans une histoire collective. L’exposition rappelle ainsi que derrière les silhouettes fantastiques associées à Halloween se trouvent des récits anciens, des pratiques sociales et un épisode de répression dont la portée dépasse la seule légende.