L’intelligence artificielle (IA) transforme en profondeur les méthodes de travail dans les agences d’architecture, tant pour les jeunes diplômés que pour les professionnels chevronnés. Dans un reportage publié par Le Droit, des architectes et stagiaires dressent un constat nuancé : l’IA est aujourd’hui intégrée à certaines étapes du projet, mais elle suscite aussi des inquiétudes quant à la créativité, à l’éthique et à la capacité des équipes à distinguer le travail humain de l’image générée automatiquement.
Une intégration progressive, souvent en phase finale
Pour plusieurs cabinets, l’usage de l’IA se cantonne, pour l’instant, à la production d’images de synthèse. Carl Hovington, architecte associé chez Les Maîtres d’œuvre architectes à Chicoutimi, explique que son équipe « utilise l’intelligence artificielle seulement à la toute fin d’un projet pour générer une image 3D permettant de visualiser un futur bâtiment dans son contexte ». Selon ce témoignage, l’IA joue le rôle d’un outil de rendu, là où autrefois le travail manuel (perspectives au crayon, Prisma Color) cherchait à restituer la réalité par le dessin.
« Moi, je suis de la génération où je prenais mes Prisma Color pour faire mes perspectives en 3D », a rappelé Carl Hovington.
Des opportunités, mais aussi des risques pour la créativité
Chez les jeunes professionnels et étudiants, l’IA facilite la production rapide de visuels et la matérialisation d’idées. Mais elle s’accompagne d’un dilemme : comment distinguer le talent individuel quand des images d’IA peuvent être présentées comme le travail d’un candidat ? Félix Bergeron, stagiaire en voie d’admissibilité à l’Examen des architectes du Canada, signale que l’IA a modifié le paysage des compétences attendues et que la « sphère créative » pourrait perdre en singularité.
- Usages observés : génération d’images 3D en phase finale, rendus visuels pour clients.
- Craintes : standardisation des formes architecturales, confusion entre production humaine et images d’IA, dévalorisation du travail conceptuel.
- Enjeu déontologique : nécessité de transparence sur l’origine des visuels présentés dans CV et propositions.
La réponse institutionnelle : formation et encadrement
Devant ces évolutions, des ordres professionnels cherchent à encadrer l’intégration de l’IA. L’Ordre des architectes du Québec propose des formations et des ressources pour aider les praticiens à utiliser l’IA tout en respectant les règles déontologiques de la profession, rappelle Le Droit. Cette approche vise à éviter les dérives (plagiat, mise en avant d’images non originales) et à préserver la responsabilité professionnelle qui incombe à l’architecte.
Conséquences pour la formation et l’embauche
La diffusion rapide des outils modifie aussi les critères de sélection des candidats. Là où autrefois un portfolio mettait en avant le trait et la maîtrise des matériaux, les recruteurs reçoivent désormais des CV contenant des images produites par IA, rendant plus difficile l’évaluation du savoir-faire réel. Pour les étudiants et stagiaires, l’appropriation de ces outils devient un atout, mais leur usage doit rester assumé et transparent.
| Aspect | Impact observé |
|---|---|
| Processus de design | IA surtout en rendu final; concept encore principalement humain |
| Recrutement | Difficulté à évaluer l’authenticité des visuels présentés |
| Déontologie | Formation et guides proposés par l’Ordre des architectes du Québec |
Le reportage met en lumière une tension centrale : l’IA apporte des gains d’efficacité graphiques indéniables, mais elle soulève des questions sur la valeur de la pensée architecturale, l’originalité et la responsabilité professionnelle. En Belgique francophone, comme ailleurs, ces enjeux interpellent les écoles, les cabinets et les ordres professionnels : comment tirer parti des outils numériques sans sacrifier la singularité du geste architectural ni la transparence vis‑à‑vis des clients et des employeurs ?