Les cimetières de La Chartre-sur-le-Loir et de Lhomme, dans la Sarthe, ne se limitent pas à conserver des noms et des dates. Ils dessinent aussi une histoire sociale et culturelle de la fin du XIXe siècle, lorsque certaines familles, certains entrepreneurs et plusieurs figures des arts et de l’architecture ont contribué à transformer les villes et les stations balnéaires françaises.
À Lhomme repose notamment Élise Colonna Walewska, petite-fille de Napoléon Bonaparte. Elle était la fille d’Alexandre Walewski, né de la relation de l’empereur avec Marie Walewska. Élise Colonna Walewska avait épousé Félix de Bourqueney, qui fut longtemps maire de Lhomme. Le couple avait acheté le château de La Poterie en 1872, dans un contexte où l’arrivée prochaine du chemin de fer contribuait à rendre le secteur attractif.
La sépulture familiale se distingue par une tombe en granit taillée en bâtière. Le caveau accueille six autres membres de la famille. À travers cette architecture funéraire, le cimetière conserve ainsi la trace d’une implantation familiale et d’un moment où les nouvelles voies de transport influaient déjà sur les choix résidentiels et patrimoniaux.
Un architecte sarthois sur la Côte fleurie
Le cimetière de La Chartre-sur-le-Loir abrite quant à lui la tombe d’Eugène-Ernest Mauclerc. Né dans la commune en 1853, il devint un architecte reconnu et fut sollicité pour des réalisations sur la Côte fleurie, du Havre à Cabourg. Son parcours est rapproché de celui de Georges Dommée, autre architecte originaire de la Sarthe, dont les villas de la Belle Époque ont marqué La Baule, Le Pouliguen et Pornichet.
La réalisation la plus marquante attribuée à Mauclerc reste le Grand Hôtel de Cabourg et son casino, construits respectivement en 1907 et 1908 avec Lucien Viraut. L’ensemble a rapidement retenu l’attention de Marcel Proust, qui fréquenta ensuite la bonne société installée dans les villas de la station. Le bâtiment hôtelier et le casino s’inscrivent ainsi dans une histoire où architecture, villégiature et sociabilité mondaine se sont étroitement mêlées.
« L’un des architectes du Grand Hôtel de Cabourg repose au cimetière de La Chartre. »
Des sépultures comme repères patrimoniaux
Le rapprochement entre ces deux cimetières et les stations balnéaires de la Côte fleurie met en lumière une dimension souvent discrète du patrimoine architectural : les lieux de mémoire prolongent l’histoire des bâtiments au-delà de leur adresse d’origine. Une villa, un hôtel ou un casino portent la signature d’un concepteur ; une tombe peut, à son tour, rappeler le parcours de celui qui a participé à leur création.
Les personnalités évoquées dans les cimetières sarthois appartiennent à des univers différents, mais leurs destins témoignent d’un même moment de renouvellement. L’arrivée du chemin de fer, l’essor des villes de villégiature et la construction d’édifices destinés à accueillir une clientèle nouvelle ont favorisé des carrières et des implantations dont les traces subsistent encore dans le paysage.
- Élise Colonna Walewska repose à Lhomme dans un caveau familial en granit.
- Eugène-Ernest Mauclerc, né à La Chartre-sur-le-Loir en 1853, a travaillé sur la Côte fleurie.
- Le Grand Hôtel de Cabourg et son casino ont été construits en 1907 et 1908 avec Lucien Viraut.
| Lieu | Personnalité ou édifice | Repère |
|---|---|---|
| Lhomme | Élise Colonna Walewska | Château de La Poterie acheté en 1872 |
| La Chartre-sur-le-Loir | Eugène-Ernest Mauclerc | Architecte né en 1853 |
| Cabourg | Grand Hôtel et casino | Construction en 1907 et 1908 |