À l’écart des routes les plus fréquentées du Westhoek, une ancienne bergerie a changé de vocation. The Shepherds Farm, située à environ vingt minutes d’Ypres et à un peu plus d’une demi-heure de Menin, a été transformée en hôtel privé. Le projet vient de recevoir le titre de lauréat de la deuxième édition des Sabato Design Awards, qui avait ouvert ses candidatures aux réalisations résidentielles belges. Plus de 200 architectes et architectes d’intérieur avaient soumis leur travail.
Un domaine façonné par son histoire
L’isolement du lieu n’a pas été traité comme une contrainte, mais comme l’un des éléments fondateurs du projet. À mesure que l’on approche de la ferme, le paysage se fait plus silencieux et les bâtiments du domaine apparaissent comme un ensemble autonome. Francis Coussens, qui connaît les lieux depuis longtemps, a participé à la réflexion sur les aspects structurels de la rénovation. Pour l’aménagement intérieur, il s’est tourné vers le décorateur et architecte d’intérieur Jean-Philippe Demeyer.
Le projet ne cherche pas à effacer les traces de cette histoire familiale. Au contraire, les objets, les matières et les souvenirs personnels de Francis Coussens ont servi de point de départ à la décoration. Son vestiaire, notamment, a orienté l’atmosphère générale : chemise de style Ralph Lauren, veste Double RL, vêtements de travail, denim et cuir ont fourni les références d’un univers inspiré du ranch américain et de l’imaginaire Far West.
« Les carreaux, les motifs d’inspiration amérindienne et les associations de couleurs de ma garde-robe sont devenus le fil conducteur de la décoration. »
Cette ligne directrice se lit dans les choix textiles et chromatiques, mais aussi dans la manière dont certains objets privés prennent place dans les pièces. De vieux jeans ont été utilisés pour habiller les fenêtres. Une sculpture en bronze représentant la grand-mère du propriétaire est installée sur la table basse. Dans l’une des chambres d’amis, un totem réalisé par un artisan local prolonge cette esthétique, entre récit familial et évocation de l’Ouest américain.
Une décoration assumée, entre motif et mémoire
Jean-Philippe Demeyer explique avoir besoin d’un thème pour organiser son abondance d’idées. La garde-robe de Francis Coussens lui a fourni ce cadre, avec ses contrastes de couleurs, ses carreaux et ses motifs inspirés de cultures amérindiennes. La décoration devient ainsi moins un exercice de neutralité qu’une traduction visuelle d’une personnalité et d’un parcours.
« Jean-Philippe a su traduire mes émotions avec une justesse remarquable, à travers les couleurs, les tissus et les matériaux. »
Le résultat assume une présence décorative forte. Les éléments réunis ne cherchent pas à composer un intérieur passe-partout : ils installent une ambiance identifiée, presque cinématographique, où le textile, le cuir, le bois et les objets sculptés participent à la construction du lieu. Cette approche donne à chaque espace une dimension narrative, sans dissocier l’aménagement de l’histoire de ceux qui l’ont imaginé.
Les repères du projet
| Élément | Information |
|---|---|
| Projet | The Shepherds Farm |
| Localisation | Westhoek, à proximité d’Ypres et de Menin |
| Programme | Transformation d’une ancienne bergerie en hôtel privé |
| Aménagement intérieur | Jean-Philippe Demeyer |
| Distinction | Lauréat des Sabato Design Awards |
Le projet distingue ainsi plusieurs strates qui peuvent guider la lecture d’une rénovation : la structure des bâtiments existants, l’identité du propriétaire et le choix d’un vocabulaire décoratif cohérent. Selon Francis Coussens, l’intérieur « ne plaira peut-être pas à tout le monde », mais il a précisément été conçu pour bousculer les habitudes et sortir des ambiances standardisées. Dans cette ancienne bergerie du Westhoek, la décoration ne se contente donc pas d’habiller les volumes : elle transforme un domaine familial en expérience résidentielle privée, portée par la mémoire, les matières et une esthétique Far West revendiquée.