L’extincteur de Denis Meyers

Art Items

Il a rempli pas moins de 50 000 m2 de mots et de souvenirs, prêts à être détruits du jour au lendemain. Avec pas moins de 14 000 visiteurs en trois mois, l’expo/performance « Remember Souvenir » de l’artiste urbain Denis Meyers dans les anciens bâtiments Solvay a marqué les esprits. L’occasion de revenir sur son rapport aux objets dont son fétiche : l’extincteur.

Dessin @severinepiette.

L’extincteur est un objet qui est assez représentatif de mon travail et de mon projet Remember Souvenir. Je suis resté huit mois sur place et mon idée était de travailler avec ce que je trouvais in situ, à l’intérieur du bâtiment. À vrai dire, je rêvais de peindre avec un extincteur depuis des années. C’est un peu comme un rêve d’ado qui s’est concrétisé. J’en ai utilisé pas moins de 80. Un extincteur équivaut à 12 litres de peinture. C’est très intense comme pratique, car la pression n’est pas constante du début à la fin. Et puis c’est assez thérapeutique (même si je n’aime pas employer ce mot), il y a l’idée de sortir un contenu d’un contenant. On sort physiquement quelque chose. C’est plus brutal que le pinceau aussi. Je suis une personne matérialiste : je suis attaché aux objets. Pas pour leur valeur monétaire, mais plutôt pour les souvenirs qu’ils me procurent. Je me remémore la personne qui me l’a offert ou dans quel contexte je me le suis procuré. Mais je pense que ce projet m’a justement permis de prendre de la distance par rapport aux choses qui m’entourent. Mon travail sera bientôt détruit, je suis quand même stressé. Tout va disparaître et l’idée de ne plus avoir accès au site est assez dure, même si je l’ai cherché en quelque sorte. J’ai gardé très peu d’objets : le tout premier extincteur utilisé et quelques portes ou morceaux de châssis. Ils seront peut-être l’occasion d’une petite expo. Avec un documentaire en préparation et une idée de livre, le projet subsistera sous d’autres formes.