Le Typographe

Art Design

Le Typographe de la rue Franz Merjay a quelque peu grandi en s’installant au 67 de la rue Américaine à Ixelles. D’un rez-de-chaussée, il passe à 3 étages. De 2, il passe à 14 employés. D’une, il passe à 5 presses de plomb. Et des points de vente à Londres, Paris, New York et Tokyo voient le jour. Avec pas moins de 800 casses de caractères mobiles, Cédric Chauvelot s’affaire toujours avec la même passion et les mêmes gestes envers les lettres et le beau papier. Rencontre avec le typographe himself.

Interview Marie Hocepied. Photos Oskar.

Peut-on encore aujourd’hui qualifier Le Typographe d’artisan ? Oui je suis un artisan, avec pas mal de gestion. C’est la fonction qui fait la personne (rires). J’ai commencé seul il y a 8 ans. Puis Nathalie est venue me rejoindre. Nous avions fait les Beaux-Arts en dessin et peinture ensemble à Besançon, en France. Ensuite, c’est notre professeur Pierre qui nous a rejoint en apprenant que j’avais lancé ma petite imprimerie de typo. Nous avions la même approche des lettres et d’une certaine idée de travail. Aujourd’hui, malgré nos 14 employés, nous sommes restés très familial. Je fais à manger à midi tapante pour tout le monde.

Quel est votre cheval de bataille ? Le plomb est mon cœur de métier. C’est fastidieux mais quand on maîtrise, cela coule de source. Avec le plomb, c’est bien dès le départ, tandis qu’en infographie, on a tendance à faire plusieurs essais avant d’arriver à quelque chose. On fait tout en interne. Si je dois délocaliser, cela n’a plus de sens. Tout doit être validé ici avant d’être envoyé aux quatre coins du monde.

Votre plus beau challenge ? Nos enveloppes épaisses réalisées à la main ! À l’époque, on récupérait des restes de papier et on faisait des fonds d’enveloppes entre deux clients. Beaucoup m’ont dit que ce n’était pas réaliste, que ce ne serait jamais rentable. Aujourd’hui, 600 enveloppes sont collées tous les jours par 4 personnes pendant une heure.

Votre force ? Notre amour pour le papier. On travaille directement avec des usines pour faire fabriquer nos papiers. Nous avons des clients fidèles qui n’achètent que nos “simples” blocs.

Votre faiblesse ? La dorure à chaud que nous ne pouvions proposer… jusqu’à présent! Je viens de commander une machine donc le problème sera résolu cette année. Aussi beaucoup de personnes viennent ici en voulant imprimer une photo de leur bébé sur un faire-part, par exemple. Ce que l’on ne fait pas du tout! Nous imprimons du texte, du trait mais pas de photo. Ce qui n’est pas vraiment concevable aujourd’hui.

Une adresse secrète du Typographe ? La droguerie Le Lion, rue de Laeken. J’y vais pour les produits et les pigments. Même notre savonnette en argile verte des toilettes vient de chez lui. C’est un artisan de service qui a une connaissance du produit énorme. Je suis très reconnaissant et admiratif de son travail.