Interview Marie Hocepied. Photos de Thomas Lélu, dont le dé, une oeuvre de Claude Closky.

Les gens nous manquent. Les discussions aussi. Et une envie de parler de demain avec les copains. Aujourd’hui, avec Thomas Lélu, artiste, écrivain et philoselfie français, basé à Paris. 

Tu fais quoi demain pour du vrai ? Je ne sais pas encore. À l’heure où je te parle, on est dimanche et il est 9h du matin donc je me concentre déjà sur ce que je dois faire aujourd’hui. Demain me semble très loin. Les journées de confinement sont plus longues que les journées normales, en fait chaque jour se ressemble un peu, une sorte de dimanche sans fin.

Et l’après demain, tu le vois comment? Franchement aucune idée. On sera mardi 4 mai. Encore en confinement. Je n’aurai pas ma fille car elle est chez sa mère cette semaine. J’ai à la fois plein de choses à faire et parfois le sentiment de ne rien avoir envie de faire. Je ne sais plus si on est lundi, mardi ou jeudi et ça n’a pas beaucoup d’importance. Mais cette sensation de temps suspendu a aussi ses avantages : je prends plus le temps, j’apprends à ne rien faire justement, à regarder, à écouter, à échanger avec les proches. D’une certaine manière, j’apprends peut-être un peu plus à apprécier la vie.

Le demain rêvé ? D’abord retrouver mes proches, mes amis, ma famille, mes parents. Et puis j’espère que le moment que nous vivons va apporter son lot de changements dans la société. L’économie ne doit plus être l’unique moteur de nos sociétés. Il faut plus d’humanité dans tout ça, plus d’écologie. J’espère que les populations ont compris que nous ne devons plus encourager la surconsommation, la malbouffe, les produits non nécessaires. On doit se concentrer désormais sur ce dont les hommes ont vraiment besoin. La crise sanitaire nous rappelle aussi que notre santé est la priorité et qui dit santé, dit respect de soi, alimentation, sport, mieux vivre… Nous avons assez perdu de temps à jouir du superflu. Il faut arrêter de se comporter comme des enfants toujours en demande et jamais satisfaits. Ces comportements sont des comportements d’enfants capricieux et égoïstes, il faut que les hommes reprennent leur vie en mains, plus comme des enfants mais comme des adultes responsables et pour cela il faut arrêter de se goinfrer, arrêter de se faire plaisir avec des choses dispensables, arrêter de se comporter uniquement comme des consommateurs, arrêter de dormir. Il est venu le temps de se réveiller, de fabriquer avec nos propres mains, de voyager par nos propres moyens, nous devons redécouvrir la valeur de l’effort et arrêter de passer notre temps à nous faire plaisir. Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui les hommes se tuent par leurs excès. Le sucre, la viande, les fringues bon marchés, le tourisme de masse, c’est tout ça qu’il faut abolir. Nous devons revenir aux fondamentaux d’une certaine manière : bien manger, bien vivre, profiter de la vie sans nous détruire, c’est possible. Il faut juste changer nos habitudes. Il faut aussi refuser la société que les gros industriels nous proposent. Par exemple ne plus acheter du coca, ne plus aller au Mac Do, ça c’est la première étape…

La première personne que tu souhaites revoir ? Ce sera deux personnes : mes parents.

Le premier resto que tu souhaites réserver ? Ce sera plutôt un barbecue avec des amis suivi très certainement d’une pétanque.

Une idée de ton premier achat / musée / concert ? Rien de tout ça, une promenade sur la plage ou en forêt me comblera beaucoup plus. Je suis enfermé depuis un mois et demi à Paris…

La première destination où tu comptes te rendre ? La Bretagne.

Une (bonne ou mauvaise) habitude prise lors de ton confinement que tu comptes garder ? La bonne je dirais d’appeler plus souvent mes proches, mes amis… Les mauvaises et bien je ne compte pas les garder, ni les révéler ici.

Une envie de dire merci/ de crier/ de râler, on t’écoute : Merci tout d’abord de m’avoir accorder cette interview. Crier, non ce n’est pas dans mes habitudes. Râler non plus. Je ne suis pas un râleur. Je préfère le sourire. Il ne faut jamais cesser de sourire. Le monde peut changer avec un sourire. Sur ce je vais prendre une douche.

 

Thomas Lélu