Dans l’atelier de Ronny Delrue

Art Workshop

Ronny Delrue est un peintre, dessinateur, sculpteur, céramiste, graveur. Il nous a reçu un jeudi matin, vent piquant dehors, au chaud dans son atelier à Gand. Après un tour du propriétaire, la préparation d’un thermos de café, la discussion pouvait débuter. Nous aurions aimé y rester la journée entière.

 

Interview Marie Hocepied. Photos Oskar.

Comment travaillez-vous ? Je travaille partout. Chez moi, dans la cuisine, le living, mais surtout dans ma tête. Tout passe toujours par le dessin. Je fais une multitude de petits dessins. Chaque matin je prends mon café en lisant le journal et cela me donne l’inspiration. C’est très important de voir la vie, ce qu’il se passe autour de nous. J’ai toujours un pied dans la vie, et un pied dans l’atelier. J’aime être ici dans ma petite pièce avec mon désordre. On y voit une belle lumière du nord. C’est mon cocon. Chaque semaine, avec des amis artistes, nous organisons des sessions de dessin de modèles vivants. C’est peut-être un peu vieux jeu, très ancienne école, mais c’est bon pour l’esprit. Je suis quelqu’un qui travaille contre l’académisme ; quand on connaît très bien, voire trop quelque chose, on doit désapprendre, oublier. C’est une gymnastique pour l’esprit qui est intéressante.

Que raconte votre travail ? Tout s’articule autour de l’oubli et du souvenir. Tout ce que je fais, toute ma vie est une exposition. Je laisse des traces et lors de chaque expo, j’aime rassembler tous ces éléments et voir ce qu’ils ont à se raconter, ici et maintenant. Je suis un peu comme un escargot (d’où le titre de ma dernière exposition chez Jacques intitulée « Zilverspoor »), je laisse un fil pour retrouver mon chemin. Je ne veux pas oublier et je veux me souvenir. Tout cela me stimule, mais cela engendre aussi une pollution considérable. Aujourd’hui, il y a beaucoup trop de pollution dans la nature mais aussi dans notre esprit. C’est pourquoi j’envisage un paysage comme un portrait et le portrait comme un paysage. Mon rêve est d’avoir un esprit libre, je rêve d’un paysage plus propre.

Tous vos actes artistiques passant toujours par le dessin… Pour moi, penser c’est dessiner. Dès le petit-déjeuner, je dessine. C’est la chose la plus rapide que je puisse faire. Mes dessins sont un réservoir d’idées. Plus tard, j’en reprendrai un, je m’y attarderai et il donnera peut-être naissance à un grand tableau, à une sculpture dans cet atelier-même. Je commence, je reviens à la maison, je me demande si c’est bon ou pas, je retourne à l’atelier avec un regard plus frais. Le tableau sur lequel je travaille doit discuter avec les autres, ils doivent être assez forts individuellement pour rester l’un avec l’autre sans se dévorer. Mes tableaux récents sont très ouverts, mais ils dialoguent avec des tableaux anciens plus chargés, plus sombres. Philippe Van Cauteren, directeur du Smak à Gand, est en train de rassembler pas moins de 400 dessins afin de réaliser un livre et une expo prévue en 2019. J’en suis très heureux.

Êtes-vous un sentimentaliste ? Aimez-vous voir vos tableaux partir ? Je n’aime pas qu’ils partent tout de suite. Ils sont comme mes enfants. Après, c’est nécessaire que cela parte, je ne vais pas les garder éternellement. Mon fils de 9 ans et demi reste ma plus belle œuvre d’art.

Actuellement, on peut découvrir votre exposition “Zilverspoor” chez Jacques Cerami à Charleroi. Cet endroit vous tient également à cœur… Je ne suis pas très facile pour collaborer, je n’ai jamais fait de l’art pour l’argent. Jacques s’inscrit dans cette même idée. Il a la liberté de ne pas exagérer. Il ne pense pas à l’argent, il pense à l’art. Le monde de l’art peut être dangereux, notre attitude est très importante, on ne peut pas oublier pourquoi on est devenu artiste… ou galeriste.

Zilverspoor de Ronny Delrue, chez Jacques Cerami, www.galeriecerami.be