Dans l’atelier de Pierre Culot

Art Workshop

En relançant l’Atelier Pierre Culot, à Roux-Mirroir, Joseph Culot fait revivre la mémoire de son père, céramiste réputé décédé en 2011. Lieu de mémoire mais aussi de vie, l’atelier propose les créations du céramiste et invite des artistes contemporains à y séjourner en résidence.

Texte René Sépul. Photos Oskar.

Passé par l’Ecole nationale supérieure d’Architecture et des Arts Décoratifs de la Cambre, Pierre Culot est un des grands céramistes belges du siècle dernier. Dès la fin des années 50, au sortir de son adolescence, ce Namurois d’origine rencontre Antoine de Vinck, maître à penser de nombreux céramistes belges de l’Après-guerre, qui lui ouvre les portes de son atelier et lui fait découvrir l’univers des potiers anglais et japonais, à l’époque à l’avant-garde.

Le jeune Culot est imprégné par un souci de sobriété. La recherche de la beauté par l’épure nourrit ses réflexions. Les objets qu’ils dessinent ne se résument pas à une vocation purement fonctionnaliste. Le souci esthétique domine la valeur d’usage. En 1964, il quitte Bruxelles pour s’installer avec sa famille dans une ferme de Roux-Miroir, en Brabant wallon. Il aménage son atelier dans les anciennes écuries où il crée les pots, vases et la vaisselle qui le feront connaître. En 71, il est lauréat du Concours international de la céramique d’art de Faenza. La même année, il expose en solo au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Trois ans plus tard, son travail est présenté au Victoria & Albert Museum de Londres.

Pierre Culot séjourne ensuite au Japon où il rencontre Shoji Hamada, son maître. Hamada, c’est davantage de dénuement dans le geste, mais aussi dans une philosophie de vie. Le Belge revient d’Asie transformé. Il s’ouvre à d’autres disciplines, notamment à la sculpture. Il est à la fois artiste et artisan, céramiste et sculpteur, paysagiste et décorateur, esthète et philosophe.

Au cœur du Brabant wallon, sa propriété devient un lieu d’exposition. C’est une ferme traditionnelle du Brabant, un bâtiment du 18e, vaste propriété au centre du village. Le céramiste n’a pas touché pas à l’extérieur du bâtiment, mais il a modifié l’intérieur de fond en comble. C’est une maison ouverte où de nombreux artistes et intellectuels de l’époque se rencontrent. Ils y découvrent les créations de Culot et sa collection, composée d’œuvres d’amis ou de pièces collectées au fil des voyages.

Il y a quelques mois, Joseph Culot, son fils, a décidé de relancer l’Atelier Pierre Culot, fermé au lendemain la mort de son père en 2011. Associé à Arnaud Van Schevensteen, il a convaincu d’anciens élèves de leur père de relancer le four et reproduire sa vaisselle. Le duo a retrouvé les moules originaux et les cahiers où l’artiste gardait les formules de ses émaux. L’Atelier revit. Le souci de Pierre Culot était de préserver et de faire connaître l’œuvre de son père, mais aussi de faire vivre le lieu. Invitant Dimitri Jeurissen (Base Design) à réfléchir avec eux au projet, ils ont décidé d’ouvrir l’atelier en y créant une résidence pour artistes. Cette démarche permet à l’Atelier de rester dans le vivant, le dialogue, la rencontre et le questionnement. Le lieu peut ainsi s’enrichir et profiter des travaux et réflexions des artistes, des intellectuels et des artisans qui y séjourneront. Le sculpteur Eric Croes fut le premier à s’y installer quelques semaines. D’autres suivront…