Dans l’atelier de Michaël Borremans

Art Workshop

Fin février le Bozar lui consacre une rétrospective. Le peintre Michaël Borremans, nous reçoit en costume (comme à son accoutumée) dans son atelier de Gand, avec café et Spéculoos bien de chez nous.

Par Marie Hocepied. Photos Oskar.

On sent le lieu habité. Vivez-vous ici? J’y ai vécu il y a quelques années. J’ai acheté le bâtiment il y a vingt ans. Mais maintenant je vis dans le centre de Gand et ceci est mon atelier, mon QG pour travailler. Quand je commence un travail, j’ai besoin de vivre avec mes oeuvres. Je ne dois pas être distrait par quoi que ce soit. C’est une période où je n’ai pas de vie sociale. Je peux ne voir personne pendant deux ou trois mois.

Comment travaillez-vous ici? Seul donc, et en silence! Je peins avec la lumière du jour. J’aime la lumière naturelle, parce qu’elle vit et respire. La lumière artificielle est rigide. Je suis très concentré. J’enfile un costume neuf et je commence…

Pourquoi le costume? C’est devenu une sorte de rituel. Commencer une oeuvre est un moment spécial. Revêtir le costume est une forme de respect pour moi et pour ce que je fais.

Quel est votre sentiment à l’aube de cette rétrospective? Je pense que c’est un bon timing. Cela va faire dix ans que je n’ai plus fait d’expo en Belgique. En dix ans, je peux de la sorte me rendre compte de l’évolution de mon oeuvre. Et puis, c’est un grand honneur d’exposer au Bozar car je suis un Belgiciste dans l’âme !

Les personnages de vos tableaux, qui sont-ils? Ce sont parfois des amis ou des modèles, mais ça n’a pas vraiment d’importance. Je ne fais pas de portraits, je cherche des types de personnes “universelles” à placer dans ma composition. L’important est la totalité, tous ces petits aspects et détails mis ensemble; l’érotisme, la danse, la suggestion, la couleur et la lumière.

Quel est l’évolution de votre travail? J’ai réellement commencé à peindre vers 33 ans. J’étais un gamin à l’époque, mes œuvres étaient très archaïques. C’est plus fin, plus délicat maintenant.

Souvenez-vous de votre premier tableau? Oui j’avais 9 ans! Je peignais avec des petits pots de couleurs. Il s’agissait d’une peinture à consonance politique : les initiales des USA et de l’URSS qui se battaient entre elles dans un décor (rires). Je l’ai vue il n’y a pas si longtemps dans le grenier de mon père.

Vous vous sentez bien en Belgique? Oui, j’aime ce pays pour son climat et sa lumière, mais je pense que quand ma fille sera un peu plus grande j’irai m’installer en Amérique du Sud. On n’a qu’une seule vie et j’aimerais au moins en avoir 5 ! Je me dis que si je réussissais à en avoir deux ou trois, ce serait déjà très bien !

Michaël Borremans, As Sweet as it gets au Bozar Expo, du 22 février au 3 août 2014, www.bozar.be