Dans l’atelier de Léon Wuidar

Art Workshop

Nous avons rencontré Léon Wuidar chez lui, sur les hauteurs d’Esneux dans la région de Liège. Il y vit dans une maison de béton brut signée de l’architecte et ami Charles Vandenhove. À l’aube de ses 80 ans, l’artiste à la géométrie rigoureuse sort de l’ombre avec l’exposition “Inventaire” présentée chez Rodolphe Janssen, et même hors des frontières avec une rétrospective au White Cube de Londres. Ce matin-là, nous l’avons surtout écouté. “Je n’ai pas vécu des évènement extraordinaires mais assez de choses pour que ce soit une histoire.” Bribes de conversation choisies.

Par Marie Hocepied. Photos Oskar.

” Je sors le moins possible. Je me lève tôt, surtout l’été. J’abats pas mal de choses jusque 9 heures. Je fais une pause, accompagné de mon épouse qui me donne souvent son avis et puis, je recommence.  Je suis bien ici, je n’ai pas besoin de sortir en ville. La maison est proche de la nature, même si au final mon travail ne parle pas d’elle.

J’ai toujours travaillé d’une façon très économe. Mes carnets de croquis en sont le reflet. Je m’impose une pratique quotidienne rigoureuse, tout en prenant plaisir à travailler. La création se fait dans mes carnets. Je réalise des dessins dans une toute petite taille. Tous ces dessins ne deviennent pas des toiles : je fais des projets et quand ils me conviennent, je passe à la réalisation. Mon tableau est presque déjà construit avant d’être peint, je suis dans l’exécution. Parfois je peins 3, 4, 5, 6, 7 tableaux simultanément. Cela permet à la première couche de sécher et de pouvoir passer à une autre, et de cette façon extrêmement paresseuse, de réutiliser une même couleur…

Le cadre vient après, le titre du tableau marque la fin du tableau. Ce n’est pas si simple de trouver des titres. Aujourd’hui je suis plus modéré, plus sobre dans leurs choix. J’ai toujours aimé trouver des intitulés qui n’expliquaient pas mais qui renvoyait le spectateur à une plus grande incertitude. Je l’interroge, je veux qu’il se pose ses propres questions. En étant présomptueux, je suis le sphinx et je pose les devinettes.

Quand j’ai découvert les premiers abstraits comme Delahaut, j’avais un regard particulier, extrêmement naïf. Je les considérais comme des primitifs. Ils peignaient très vite des tableaux qui auraient pu être mieux finis, ils peignaient ce qui les arrêtaient. Mon souhait était de faire la même chose, avec un plus dans le contenu. J’ai beaucoup regardé les surréalistes aussi, à la même époque. Ce n’était pas ma voie car la pensée prenait le pas sur la peinture. À vrai dire, je n’ai jamais voulu me situer, j’ai toujours pris du recul par rapport aux peintres géométriques.

Dans l’exposition présentée chez Rodolphe Janssen, on peut voir des tableaux de 1968 à 2018. 1968 étant le moment où mon travail devient totalement abstrait. Il y a une évolution dans celui-ci mais certainement pas une rupture. S’il y a des oeuvres plus fortes, je n’en ai pas conscience au moment-même. C’est au cours du temps que je peux me rendre compte que mon travail bascule d’un côté ou de l’autre.

Cet accueil chez Rodolphe Janssen était inespéré. Je suis passé dans un monde dont je ne croyais pas l’accès possible. Je connaissais la galerie par la presse bien évidemment, mais je pensais l’endroit trop grand pour exposer mes tableaux. Je fais entièrement confiance en mon galeriste et son équipe, ils sélectionnent les oeuvres et réalisent l’accrochage. C’est leur part de création. Je ne préfère pas m’en mêler et je préfère la surprise. Mon ami et artiste Jacques Charlier a résumé cette exposition à un seul mot: Enfin! “

Inventaire, Léon Wuidar, chez Rodolphe Janssen, jusqu’au 20 octobre 2018, www.rodolphejanssen.com