Dans l’atelier de la Maison Armand Jonckers

Art General Workshop

Métaux raffinés, minéraux précieux, résines colorées et objets détournés sont les matériaux de jeu d’Armand Jonckers. Depuis ses débuts, l’artiste ne cesse de produire des pièces à la fois fortes et poétiques que l’on commence à se disputer –malgré lui- dans les salles de vente réputées.

Interview Marie Hocepied. Photos Oskar.

Né en 1939 à Lyon, d’une mère alsacienne et d’un père belge, formé aux Beaux Arts de Lausanne en sculpture et en gravure, c’est dès 1964 qu’Armand Jonckers explore de nouveaux territoires d’inspiration dont il se nourrit pour ses créations, aux frontières du design et de l’art. Les premières sculptures du plasticien intègrent des collections privées à Paris, Bruxelles, Anvers et New York. Et c’est tout naturellement qu’elles décorent des demeures exceptionnelles en Europe et aux Etats Unis, des palais princiers d’Arabie Saoudite et du Koweït, des hôtels de luxe ou encore des clubs privés. Aujourd’hui, l’artiste se voit rejoindre par sa fille Alexandra et son fils Grégoire pour fonder la Maison Armand Jonckers.

Finir par travailler ensemble, cela coulait-il de source ? Officiellement, nous avons rejoins notre père il y a quatre ans. Mais à dire vrai, nous n’avons jamais vraiment déserté l’atelier. Nous sommes nés dans la résine! À une époque nous avions même un chien qui était devenu vert à force de trainer dans l’acide. Notre souhait aujourd’hui est de mettre davantage le travail de notre père en évidence. De le communiquer au public.

Chose que vous ne faisiez pas, Armand ? Il est vrai qu’avant je travaillais uniquement sur commande pour des architectes ou des décorateurs d’intérieur. Mon travail n’avait jamais été montré. Je n’avais pas cette démarche de créer des pièces pour être exposé. Malheureusement, il ne nous reste pas beaucoup d archives. Aujourd’hui, en dehors de nos commandes, nous essayons de faire des nouvelles créations qui pourront être exposées. Selon notre inspiration ou nos envies, on fait des tests, on abandonne et puis on reprend. Le plus compliqué, c’est de garder du temps pour cela, car finalement nous ne sommes que trois !

Un vent nouveau souffle donc sur l’atelier ? Chacun apporte une pierre à l’édifice que notre père a construit, mais les lignes principales de son œuvre et les méthodes utilisées n’ont pas changés. Nous avons envie de nous diriger vers la nouvelle technologie mais nous voulons qu’elle reste secondaire, si non cela perd de sa superbe. Ce sont les petits défauts qui font l’œuvre. De plus, nous sommes trois perfectionnistes, ce qui fait que nous arrivons rarement à déléguer. Même les gens qui vendent les résines viennent nous voir car ils sont ahuris de voir ce qu’on arrive à faire.

Comment travaillez-vous ensemble ? Tout s’entremêle. Nous ne pouvons pas réellement nous coller une casquette, nous ne sommes pas chacun dans notre coin. Notre souhait est de rester dans l idée de réaliser des pièces uniques et de ne surtout pas faire des répétitions. Quand un particulier nous demande de refaire une pièce vue dans une salle de vente ou autre, on refuse. Même techniquement parlant, cela serait impossible de partir dans cette direction. On ne pourrait pas faire la même gravure que dans les années 70, car les acides d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes. Et puis au moment de graver, il y a l humeur du jour qui fait que la pièce évolue. On en rigole souvent ensemble d’ailleurs.

 S’il ne devait y avoir qu’une et une seule pièce ? Je me souviens d’un claustra que j’avais dû réaliser pour diviser une salle dans un établissement luxueux qui s’appelait le St-Louis. Une pièce gigantesque. Cela m’a pris du temps, j ai mis 6 mois pour faire ce truc. C était des éléments de récupération de toutes sortes dont du laiton… Déménager cette pièce, c était quelque chose. Elle se trouve aujourd’hui chez un particulier. En même temps, cela m’est très difficile de répondre à cette question car il doit exister pas loin d’un millier de pièces dont certaines ne sont même pas signées mais toutes ont été réalisées avec ma plus grande émotion.