Dans l’atelier d’Anita le Grelle

Art Workshop

Elle façonne plats, bols, assiettes avec autant de défauts et de différences qu’ils en deviennent délicatement parfaits. Immersion dans l’antre -chargée mais très bien rangée- de la céramiste belge Anita le Grelle.

Interview Marie Hocepied. Photos Oskar.

Quel est votre parcours? J’ai une formation de graphiste. J’ai choisi la pub comme premier boulot, car c’était rentable. J’ai ensuite suivi mon mari à Londres. Je me suis débrouillée pour travailler là-bas en tant que décoratrice tout en élevant mes cinq enfants. Dans un moment de  déprime, j’ai pris les choses en main et je suis allée là où je voulais aller depuis 10 ans :  je me suis inscrite au Royal College of Arts de Londres où j’ai décroché un Master en sculpture. J’ai commencé à construire des tours de Babel : des empilements de cylindres et des formes hélicoïdales en céramique, en bois, en sable. À mon retour à Bruxelles, je me suis installée  -après 6 mois de travaux- dans cette ancienne usine de câblage désertée dans laquelle j’ai aménagé mon appartement et mon atelier.

Et puis vous vous êtes tournée vers l’art de la table… C’était un hasard total! J’aime recevoir mais je n’ai pas entrepris cette démarche pour moi, d’ailleurs on ne trouve pas une seule de mes assiettes ou un seul de mes bols dans ma cuisine. Après quelques doutes, je suis retournée dans mon atelier et j’ai renversé une de mes tours de Babel en argile à partir de laquelle j’ai réalisé des moules en plâtre en deux morceaux. Une forme identique à un petit bol. C’est à ce moment que je me suis lancée dans une collection d’objets en céramique pour la table. C’était en 2013.

Comment travaillez-vous ici? Je suis très décalée. Je ne commence pas avant 10h30-11h, ensuite je sors dîner. À mon retour, j’enfile ma salopette et je ne vois pas l’heure passer. Il peut être 2 ou 3 heures. Il n’y a pas vraiment d’horaire. Je suis une grande travailleuse. Je peux bosser de 12 à 14 heures d’affilées par jour et puis zoner. J’ai toujours créé seule, même si depuis peu j’ai des jeunes étudiants des Beaux-Arts ou de La Cambre qui prennent part à ma société nommée Terres de Rêves.

Quelles sont vos perspectives? L’artisanat a le vent en poupe, j’en suis persuadée. Il suffit de regarder la côte de certains céramistes exposés dernièrement à la Saatchi Gallery pour s’en rendre compte. Mes collections rencontrent un certain succès, et cela commence à être compliqué de tout produire in situ, seule, de mes deux mains. J’ai des contacts avec Serax :  je serai prochainement l’un de leurs designers. J’aime l’idée de penser  des collections pour eux et de garder la création de pièces beaucoup plus exclusives sur le côté.

Vous sentez-vous artisan? Absolument. Même comme sculpteur, j’ai toujours été artisan car j’ai toujours été attirée par des méthodes très particulières : comme réaliser des cires perdues mais très “chipotées”. Je suis quelqu’un qui va loin dans le détail.