Chez Arne Quinze

Art

Il était hier à New York et sera demain en Chine. Entre deux avions, Recto Verso Magazine a pu croiser ce rockeur d’artiste, cette belle gueule au grand charisme et au talent géant comme ses oeuvres. Rencontre avec Arne Quinze entre ses quatre murs.

Par Marie Hocepied.
Photos Filip Vanzieleghem.

Depuis combien de temps êtes-vous installé ici ? Cela va faire quatre ans. Mais j’ai également un atelier à Shangaï et un autre depuis peu à Sao Paulo. J’adore le Brésil, mais j’aime la Belgique plus que tout, même si je ne suis pas très souvent ici. Au plus on voyage, au mieux on est chez soi.

Comment se déroule une journée avec Arne Quinze ? Aujourd’hui, c’est un peu calme car on revient de deux grands chantiers. Je me lève tôt ou tard, cela dépend de la veille. Souvent, je travaille très tard la nuit. Mon travail, c’est ma passion. Pour moi, il ne s’agit même pas de travailler : je parle volontiers de recherches. J’ai aussi besoin d’explorer avec mes mains.

Quand le succès a t-il débuté ? Il n’est pas venu du jour au lendemain. Cela fait vingt ans que j’expérimente ! Mon but n’a jamais été de faire quelque chose ici en Belgique ; c’est la galerie Guy Pieters qui m’a ramené au pays. C’est grâce à eux que j’ai commencé à travailler ici.

Vous êtes perçu différemment ici qu’à l’international ? Je pense que le belge n’est pas assez chauvin. C’est un grand problème car on a tellement de qualités. À chaque fois que quelqu’un montre quelque chose de bien, les critiques tombent très facilement, sans argumentation valable. J’adore notre pays, c’est un pays de luxe, mais les personnes oublient trop vite cette chance-là. En même temps, l’art qui n’est pas jugé est ennuyant. Il doit provoquer une réaction. J’ai pu m’en rendre compte cet été avec mes rochers installés à Oostende. Ce sont souvent les mêmes personnes qui critiquent. On le sait d’avance… mais cela m’amuse ; au plus il y a de contestations, au plus l’oeuvre vit et se fait connaître.

Cela m’amuse ; au plus il y a de contestations, au plus l’oeuvre vit et se fait connaître.

Quel exercice préférez-vous; peindre dans votre atelier ou monter une installation de vingt mètres de haut à Pékin ? Les deux !  J’adore travailler ici, vous êtes dans mon living ! Le seul défi que j’ai, c’est moi. Et c’est le plus difficile : personne ne me critique plus que moi-même. Les installations c’est autre chose, c’est un travail d’équipe. Je ne suis pas le seul en jeu. On partage beaucoup. On va parfois dans des endroits très difficiles avec des tempêtes, dans des conditions incroyables comme dans le désert ou en Chine. Il y a des délais à respecter aussi. Dès que l’on fait une installation publique, les personnes sont beaucoup plus réactives ; on se met davantage à nu que lors de réalisations privées. On accepte cela.

Quel est le plus beau compliment reçu ? Je reçois une multitude de lettres qui me font énormément plaisir. L’une m’a particulièrement touchée; une dame d’une septantaine d’années m’écrivait : “Merci car grâce à votre installation, je reparle à mes voisins”.

De quel oeuvre êtes-vous le plus fier ? Vous me demandez de choisir parmi mes enfants-là ! Chaque pièce a son histoire. Une réalisation est parfois l’oeuvre d’une ou deux années de travail. C’est tout un travail d’équipe ; des rencontres et des affinités se créent. Et puis choisir, c’est renoncer.

Pourquoi cet orange vif, très distinctif ?  Il est composé de pigments très difficiles à gérer et il m’a fallu pas mal de temps avant de l’obtenir. Ce rouge-orange est la couleur la plus humaine qui soit. Elle est remplie de contradictions, comme nous. Elle peut représenter le feu pour se chauffer ou le feu qui brûle les mains. Dans la nature, elle attire ou effraie. Elle est la couleur du sang, à la fois de la vie et de la mort.

À part nous, qui auriez-vous aimé inviter à cette table ? Rires. Oh, la liste est très longue ! Je dirais : Marcel Duchamp, Jacques Brel et Moebius. Un trio intéressant.